Une étude récente publiée dans le journal JAMA Network Open a examiné l’association entre la consommation de cannabis, la conduite simulée et les niveaux sanguins de tétrahydrocannabinol (THC) chez les personnes âgées. Les résultats suggèrent que les conducteurs plus âgés montrent des signes de performances de conduite altérées après avoir fumé du cannabis, même s’ils en consomment régulièrement.
Le contexte
Le cannabis est la drogue illicite la plus consommée dans le monde, et sa légalisation dans certains pays a entraîné une augmentation de son usage, notamment chez les personnes âgées. Selon les données de Statistique Canada, le nombre de consommateurs de cannabis âgés de 65 ans et plus est passé de 40 000 en 2021 à 400 000 en 2022, soit une multiplication par dix en un an.
Or, la consommation de cannabis peut avoir des effets négatifs sur la conduite automobile, en ralentissant la coordination des mouvements, en allongeant le temps de réaction, en diminuant les facultés visuelles et auditives, et en altérant la conscience de l’environnement. Ces effets peuvent être plus prononcés chez les personnes âgées, en raison des changements cognitifs et métaboliques liés à l’âge et des interactions médicamenteuses. Les utilisateurs plus âgés et de longue date peuvent également présenter des effets de tolérance, c’est-à-dire une diminution de la sensibilité aux effets du cannabis avec le temps.
Le THC est le principe actif du cannabis responsable de la majorité de ses effets. Toutefois, la relation exacte entre les niveaux de THC et les performances de conduite reste floue, malgré les différentes limites légales de THC pour les conducteurs. Par exemple, au Canada, la limite de THC dans le sang est de 2 nanogrammes par millilitre (ng/mL) pour les conducteurs, tandis qu’en France, elle est de zéro.
La méthode
L’étude a été menée à Toronto, au Canada, de mars à novembre 2022, avec 28 participants âgés de 65 à 79 ans, recrutés via les transports en commun et les publicités sur les réseaux sociaux. Les participants devaient être des consommateurs réguliers de cannabis, c’est-à-dire en avoir consommé au moins une fois par semaine au cours des trois derniers mois, et ne pas présenter de troubles cognitifs, psychiatriques ou neurologiques.
L’étude a suivi une conception contrebalancée au sein des participants, c’est-à-dire que chaque participant a subi deux séances de tests, à 72 heures d’intervalle, dans lesquelles il devait soit fumer du cannabis, soit ne pas fumer du tout. Avant et après chaque séance, les participants devaient effectuer un test sur simulateur de conduite, qui mesurait leur capacité à maintenir une vitesse constante et à suivre une trajectoire. Ils devaient également fournir des échantillons de sang et de salive, qui étaient analysés pour mesurer les niveaux de THC et de ses métabolites.
Les résultats
Les résultats ont montré que les participants qui avaient fumé du cannabis présentaient des niveaux de THC dans le sang plus élevés que ceux qui n’avaient pas fumé, et que ces niveaux diminuaient progressivement avec le temps. Les niveaux de THC dans la salive étaient également plus élevés chez les fumeurs, mais ils étaient moins corrélés avec les niveaux de THC dans le sang.
Par ailleurs, les participants qui avaient fumé du cannabis montraient des signes de performances de conduite altérées, notamment une augmentation de la variabilité de la vitesse et de la position latérale, ainsi qu’une diminution de la capacité à réagir aux changements de vitesse du véhicule précédent. Ces effets étaient plus marqués dans la première heure après avoir fumé, mais ils persistaient jusqu’à quatre heures après. Il n’y avait pas de différence significative entre les fumeurs et les non-fumeurs sur les mesures subjectives de la confiance en soi, de la fatigue et de la difficulté de la tâche.
Les implications
L’étude apporte des éléments de preuve sur les effets du cannabis sur la conduite automobile chez les personnes âgées, un groupe dont la consommation de cannabis est en hausse, mais dont les risques sont encore sous-estimés. Les auteurs soulignent que les conducteurs plus âgés devraient être conscients des effets du cannabis sur leur capacité à conduire, et qu’ils devraient éviter de prendre le volant après avoir fumé du cannabis, même s’ils en consomment régulièrement. Ils recommandent également de renforcer les contrôles routiers et les campagnes de sensibilisation sur les dangers de la drogue au volant.
L’étude présente toutefois certaines limites, comme le faible nombre de participants, le manque de diversité ethnique et de genre, et l’utilisation d’un simulateur de conduite qui ne reproduit pas fidèlement les conditions réelles de la route. De plus, l’étude n’a pas pris en compte les effets potentiels de l’alcool, du tabac ou d’autres drogues sur la conduite. Des recherches plus approfondies sont donc nécessaires pour confirmer et généraliser les résultats de cette étude.
Sources : Cannabis and Driving in Older Adults